Festival·Théâtre

Festival de Commedia dell’Arte

commedia niceDurant ce mois de mai, le Vieux-Nice a accueilli un festival de Commedia dell’Arte, organisé par la Semeuse et la compagnie des Soufflarts.
Il s’agissait de la 2e édition. Je n’ai découvert réellement ce festival que cette année et ce fut un réel plaisir. L’ambiance était géniale et les représentations de qualité.

Mais sinon la Commedia dell’arte, quésaco?

La Commedia dell’arte, un art théâtral italien

La commedia dell’arte fait référence à un art du spectacle né en Italie au début du XVIe siècle. Ses représentations théâtrales ne reposent pas sur des pièces de théâtre entièrement écrites mais sur des canevas (scénario d’une pièce indiquant le déroulement de l’action sans développer). Elles s’appuient également sur une série de personnages fixes qui portent pour la plupart des masques.

commedia

Brève histoire de la commedia dell’arte

Commedia dell’arte signifie « théâtre interprété par des gens de l’art », c’est-à-dire des comédiens professionnels.

L’origine de cette commedia est multiple. Certains pensent qu’elle serait issue des mystères du Moyen Âge. Les mystères étaient des pièces de théâtre dont au départ le sujet était tiré de la Bible mais qui furent interdits dans les églises par un pape pour cause de grossièreté et d’irrespect. D’autres optent plutôt pour les fêtes du rire, des genres de grands carnavals. L’ancêtre du masque serait quant à lui le diable.

Au départ, les représentations ont lieu sur des tréteaux et s’appuient sur un comique gestuel (pitrerie). L’improvisation propre à la commedia permet de s’adapter aux lieux et aux temps et d’ainsi renouveler l’œuvre. Ces temps d’improvisation sont nommés des lazzi, ce sont des plaisanteries burlesques, des bouffonneries. La commedia est avant tout populaire.

Ce genre théâtrale obtient ses lettres de noblesse au XVIIe siècle. Il y a une très grande popularité, surtout en Italie, Espagne et France. Le XVIIIe siècle marque un renouveau en Italie au travers du travail de Carlo Goldoni qui transforme la commedia dell’arte en comédie de caractère. Au même moment, Carlo Gozzi choisit de rester dans la tradition. La commedia est un peu en désuétude au cours du XIXe siècle, il faut attendre la deuxième moitié du XXe siècle pour que des troupes se réapproprient réellement cet art. En France, des artistes comme Carlo Boso font redécouvrir la commedia.

Les personnages de la commedia dell’arte

commedia masque
Les différents masques de la commedia

Chaque comédien adoptait et conservait un personnage afin de parfaire son jeu. On peut identifier 4 types de personnages : les zannis, les amoureux, les chevaliers et les vieillards. Ces différents personnages sont un reflet de la société italienne de l’époque, les bourgeois et les valets. Il existe de nombreuses variantes de ces personnages, cela s’explique par les différentes variantes locales.

Les valets ou zannis

Les valets ou zannis viennent du petit peuple. Ils sont les moteurs comiques et satiriques de la représentation. Les plus connus d’entre eux sont Arlequin et Brighella de Bergame et Polichinelle de Naples.

Les vieillards

Les vieillards sont l’incarnation des citadins extrêmes de l’Italie du XVIe siècle. On y retrouve donc le marchand, Pantalone, et l’intellectuel, le Docteur. Ils sont imbus de leur personne.

Les capitaines

Le capitan espagnol est moins connu. A l’origine, il n’a pas de nationalité précise mais l’occupation de l’Italie par l’Espagne l’a rendu espagnol. C’est un fanfaron.

Les amoureux

Ce sont des ingénus. Ils font souvent partie des bourgeois mais n’ont pas leurs défauts. On met dans cette catégorie : Isabelle, Lélio, Colombine.

Ce panel de personnages fixes et changeants s’adapte à de nombreuses intrigues. Cela explique qu’on retrouve la commedia dell’arte en partie dans les œuvres de dramaturges français comme Molière, Marivaux ou encore Beaumarchais.

Le festival de commedia de Nice

Ce festival est né en partie d’une volonté de faire connaître cet art méconnu ou malconnu qu’est la commedia dell’arte. La commedia du XVIe-XVIIe siècle peut paraître un poil élitiste à nos yeux de contemporains néophytes. Les Soufflarts souhaitent populariser les canevas de ces temps anciens et en créer de nouveaux. Leur but est de rendre au peuple ce qui appartenait au peuple donc laissons les dépoussiérer cette commedia pour notre plus grand plaisir.

Les représentations des compagnies étrangères

commedia angelinaAngelina o la bella abissina de Lesage, fuzelier et d’Orneval par la Valiglia di Prospero

Angelina est une pièce en italien facilement compréhensible grâce aux personnages fixes. De plus, les acteurs ont fait des efforts et une partie de la pièce a été traduite en français. Une partie de la pièce était dans un dialecte italien, le ciocicaro, auquel je n’ai absolument rien compris. Cela ne m’a pas empêché de comprendre le déroulement de l’histoire.

L’histoire : dans une ville de l’Italie du sud en 1939, la population est pauvre à cause du fascisme. La guerre arrive à grands pas. L’espoir renait pour le cavalier Cicciodicola quand sa nièce Angelina revient d’Afrique avec une jolie dot. Il cherche donc à l’épouser pour récupérer l’argent mais sa sœur veut la marier à un jeune homme. Il décide donc de déguiser son valet en Angelina pour faire fuir les prétendants. Évidemment cela se conclut par un échec.

Leur commedia était moins baroque que celle que j’ai pu voir dans d’autres pièces du festival. L’ambiance s’en retrouve changée. Une très bonne maitrise de la commedia mais moins dans mes goûts personnellement.

Saturnalia par la Lazzi Comici

Je n’ai pas eu le plaisir de voir cette représentation mais j’en ai entendu énormément de bien. Cette compagnie espagnole était d’un très haut niveau artistique et technique. Tous les acteurs étaient sur scène en même temps et leur coordination était spectaculaire. La chorégraphie était maitrisée sur le bout des doigts apportant une cohérence et une esthétique à la représentation. De plus, la compagnie a fait l’effort de traduire un tiers de son spectacle en français l’après-midi même alors qu’ils ne parlaient pas la langue.
Félicitations à cette super compagnie !

Les représentations de la Semeuse et des Soufflarts

commedia roi cerfLe roi cerf de Carlo Gozzi par la Semeuse

Le bon roi Déramo souhaite prendre femme mais il n’arrive pas à trouver son âme sœur. Il finit par tomber amoureux d’Angela la fille de Pantalone mais son premier ministre Tartaglia ne l’entend pas de cette oreille, il va tout faire pour s’emparer du pouvoir, allant jusqu’à abuser de la confiance de son souverain pour s’emparer
Grande équipe pour cette représentation : 11 acteurs sur scène accompagnés de 6 danseuses et d’une musicienne. Une jolie troupe. J’ai passé un très bon moment de théâtre malgré quelques petits ratés. Les acteurs étaient vraiment super. Mention spéciale pour Tartaglia, Déramo et Smeraldina qui m’ont vraiment beaucoup fait rire. Merci au perroquet aussi.
La pièce était vraiment super.

commedia seguraneCatarina Segurana par les Soufflarts, la Semeuse et la Chance du Débutant

Catarina Segurana est un symbole niçois malheureusement repris par les identitaires niçois (oui, ça existe) dont le slogan est « vive la socca non au kebab » (des gens fins et sympathiques comme vous pouvez l’imaginer). Le message de ce spectacle entièrement créé était loin des idées des identitaires qui ont souvent été raillés (cela fait du bien). Revenons à Catarina Segurana ou Catherine Ségurane. C’est une niçoise qui s’illustra lors du siège de Nice par les Ottomans et les Français en 1543. Elle était sûrement lavandière mais rien atteste réellement de son existence. Son fait d’armes : elle a galvanisé la résistance niçoise en allant taper des Ottomans à coup de battoir à linge. Selon une légende locale, beaucoup plus connue, elle aurait montré ses fesses aux ottomans qui se seraient enfuis.
Le spectacle retraçait cette période de l’histoire de Nice avec humour, tout en distillant des questions d’actualité (immigration, racisme) de manière intelligente. Ce fut un vrai petit plaisir et un très bon moment à passer. Les enfants présents ont été enchantés quand on les a armé de boulets en plastique à lancer sur un des acteurs. Certains se sont même montrés un peu trop enjoué, allant jusqu’à traverser la scène pour aller récupérer des boulets !

commedia moucheLa Fine mouche de Carlo Goldoni par Les Soufflarts

Il s’agit du dernier spectacle que j’ai eu la chance de voir. Une grande partie des acteurs sur scène faisait déjà partie du Roi cerf.

Une jeune veuve italienne, Margherita, doit se remarier. Elle a quatre prétendants : 1 Français, 1 Anglais, 1 Italien et 1 Espagnol. Sa sœur Éléonora est convoitée par Pantalone, un ami de son père le docteur. Le tout se passe sous le regard de deux valets : Arlequin au service de Pantalone et des 4 prétendants et Colombine au service des deux sœurs. La pièce est ponctuée de rebondissements et de rire. Margherita est loin d’être une jeune écervelée.

La pièce était super, l’ambiance très bonne que même les couacs et les approximations n’ont pas entaché. Je regrette que certains acteurs aient récité plus que joué, enlevant un peu de plaisir et de spontanéité. L’énergie était communicative.

Je n’ai pas eu la possibilité de voir les autres spectacles présentés ainsi que les activités proposées au tour du festival. J’ai donc raté la soirée Pirates au Paddy’s (pub irlandais) avec joutes d’improvisation, l’initiation à la commedia dell’arte et à l’escrime théâtrale, le spectacle Scapin MicMac par l’atelier commedia enfant de la Semeuse (adaptation des Fourberies de Scapin de Molière), le spectacle Pierre et le Loup, conte musical de Prokofiev revisité par les Soufflarts à la sauce commedia, mais aussi Macbeth Experience par le collectif Main d’oeuvre, le Médecin malgré lui d’Aidas, Dom Juan par les clowns par la compagnie Miranda (il devrait être présenté au festival d’Avignon).

Ce festival était très riche et je n’ai pas pu tout voir. Ce fut en tout cas une belle découverte. Merci aux comédiens et aux différentes compagnies qui ont rendu ce moment possible. J’espère revenir l’année prochaine.

Viva la commedia !


Bibliographie succincte :
ICEM. Commedia dell’arte. PEMF, 2002. 64 pages.
Richard, Claude. Meyer, Régis. Zeugin, Mathieu. « Les personnages de la Commedia dell’Arte« . Don Juan [en ligne]. Académie de Civilisation et de Cultures Européennes, 2000.
La Commedia dell’arte : d’Arlequin à Molière. [en ligne].

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